Psychologie et développement
humain au Maroc :
« Les
enjeux et les défis d’une formation citoyenne ».
Comment la psychologie au Maroc peut-elle
réussir sa percée citoyenne et améliorer son image auprès du public, des acteurs sociaux et des
décideurs ?
Comment la psychologie
au Maroc peut-elle répondre aux attentes et demandes de la société marocaine
dans ce vaste domaine qu’on qualifie aujourd’hui de développement humain ?
Quelle est la place de
la psychologie au Maroc ? et par conséquent celle des psychologues dans le
projet de notre société qui se veut de plus en plus démocratique, citoyenne et
solidaire ?
Au fond, mon intervention
est une sorte de plaidoyer pour une psychologie plus impliquée dans la cité et
dans la résolution des problèmes de notre société. Car, à mon avis, la
psychologie au Maroc reste une discipline très académique, pour des raisons
historiques et organisationnelles multiples.
Pour le moment, la psychologie au Maroc et ses
professions, se sont très peu investies dans « les grands chantiers »
de développement humain, perçus comme essentiellement économiques,
sociologiques ou juridiques ; et cela mérite une réflexion et débat. Or,
une partie essentielle de ces chantiers soulève des questions fondamentalement
psychologiques dans le sens larges du terme, que ce soit dans le domaine de la
précarité, de l’exclusion, de la réinsertion, au de notre vivre ensemble d’une manière
solidaire et apaisée !
L’évolution et les changements
rapides de la société marocaine impliquent une participation plus active, plus
impliquée et plus diversifiée de la part des psychologues, en vue de se
soustraire d’une perception erronée et de
représentations stéréotypées qui encerclent toujours la psychologie au Maroc,
qui cloisonnent dans quelques domaines exclusifs de psychopathologie et de la
psychopédagogie ; c'est-à-dire ceux
de la santé mentale et de l’éducation.
La présence des
psychologues au sein de la société civile et des associations pour le moment, n’est pas à la hauteur des attentes
et de la demande sociale. Une présence
quantitative et qualitative plus marquée des psychologues au sein des associations et dans les différents chantiers
et projets de la société civile, est de nature à améliorer l’image de la
psychologie au Maroc.
Cette absence à la fois
quantitative et qualitative des
psychologues, toute formation confondue, dans les différents secteurs de la
société civile et dans la majeure partie des ONG, fait que les activités et les
prestations de nature psychologique sont assurées par des acteurs sociaux très
peu, voire mal, formés en savoirs et savoir-faire psychologiques aux fondements
scientifiques et professionnelles fiables.
Ce qui conduit à des pratiques et à l’usage
des techniques fondées sur le bon sens et la psychologie spontanée, voir sauvage,
sans formation scientifique et pratique appropriée pour assurer l’efficacité
des ces pratiques et techniques aux fondements théoriques et déontologiques
qui garantissent le respect de la
personne et la fiabilité, ainsi, une efficacité des interventions et des
prestations effectués.
Pourtant nous savons
tous que « la personne » est au centre des préoccupations et des métiers
des psychologues dans ses dimensions
relationnelles, affectives, cognitives et comportementales.
Pour le moment, peu de psychologues
sont engagés sur le terrain et les chantiers
du développement humain, que ce soit dans les domaines de la famille, de la
femme, de l’enfance, de l’adolescence, des personnes âgées ainsi que dans les
domaines de la prévention, de la sensibilisation et de la formation etc.
Il y va de
la crédibilité de la psychologie au Maroc, de participer activement à ce grand
chantier de développement humain. Contribuer à lutter contre des phénomènes de
marginalisation et d’exclusion des populations et des personnes en situation de
vulnérabilité et de précarité psychologiques, sociales et économiques, en leur
assurant des services et des prestations psychologiques appropriées et ciblées,
d’écoute, de soutien, d’orientation, d’accompagnement, de médiation, de prise
en charge, de formations qualifiantes, de sensibilisation… constitue, à mon
avis, un enjeu majeur de cette psychologie citoyenne de proximité, qui est
amenée à participer activement à la dynamique et aux objectifs de ce vaste
projet de société au Maroc, de la cohésion, de la solidarité et de vivre
ensemble.
Mettre en place et
assurer d’une manière déontologique et professionnelle des espaces de paroles
et d’écoutes, de médiation psychosociale, d’orientation, de prise en charge,
pour établir les liens de communication, pour permettre à la souffrance de
s’exprimer et aux mécanismes psychologiques de « faire face » aux
difficultés de la vie, et se projeter dans l’avenir ainsi que se réaliser et de
s’épanouir.
Ce qui implique une présence active des psychologues
–toute formation confondue –en tant qu’acteurs associatifs, dont la formation
requise leur assure des savoirs et des savoirs faire spécifiques et opérationnels,
qui leur permettent de répondre d’une manière efficace aux attentes et aux
besoins des populations et des personnes concernées, que ce soit dans les
domaines de la famille, de la femme, de l’enfant, de l’adolescence et de la
jeunesse, des personnes âgées etc. ; où les phénomènes de souffrance, de
détresse, de désarroi les rendent
fortement vulnérables, fragilisent leurs capacités de faire face aux
difficultés rencontrées et entravent les conditions de leur insertion
économique et sociale.
D’où, à mon avis, cette
nécessité des interventions psychologiques plus nombreuses et plus diversifiées
avec un contrat social de proximité, en vue de consolider les bases d’une
culture psychologique plus citoyenne.
Cet engagement citoyen
des psychologues marocains dans les différents chantiers de développement
humain, avec leurs savoirs et savoir-faire et la qualité de leurs différentes prestations,
nécessite une formation spécifique et de qualité, dans ses fondements à la fois
scientifiques et pratiques, D’où les enjeux d’une formation universitaire
qualifiante, rigoureuse et flexible à la
fois où les valeurs et les exigences de l’éthique et de la déontologie
professionnelle sont respectées.
Les psychologues
marocains comme acteurs associatifs, impliqués et engagés dans les différents
chantiers de développement humain,
constituent à mon avis une manière active et opérationnelle de mettre en valeur
« l’altérité » des psychologues par leur engagement dans la société
civile. Ceci dit, la formation des psychologues ne peut se faire et ne peut être assurée par des associations de la société
civile, de la même manière que celles des médecins ou des avocats ne le sont. Ainsi,
œuvrer à promouvoir et à investir la psychologie dans les différents domaines
de développement humain constitue un enjeu essentiel et un défi majeur pour sa
crédibilité, son devenir au sein de la société marocaine du 21éme siècle.
La psychologie au Maroc,
par ses fondements et ses objectifs à la fois scientifiques et pratiques, est
censée promouvoir l’ancrage et la diffusion d’une « culture »
psychologique, scientifique et de
proximité au sein de la société
marocaine, à l’échelle nationale,
régionale et locale. Par cet engagement
et cette implication active dans les différents projets et « programmes
actions » du développement humain, nous sommes amenés en tant que
psychologues, à promouvoir et à diffuser des savoirs et des savoir-faire aux
fondements scientifiques, respectueux de l’éthique et des principes
déontologiques de notre discipline et de ses professions. Ce qui va nous
permettre de participer d’une manière
active, à lutter contre les différentes formes de pauvreté, de l’exclusion et
de la précarité au sein de la société marocaine.
S’engager et participer
au projet et aux programmes-actions du
développement humain dont l’une des vocations essentielle est d’améliorer les conditions et la qualité
de vie et la réinsertion active des
populations et des personnes en situation
de pauvreté ; de précarité et d’exclusion, est un enjeu majeur et un
objectif essentiel de la psychologie au Maroc que j’ai qualifié comme « psychologie
citoyenne ».
Œuvrer à mieux ancrer
et diffuser une psychologie de proximité au sein de la société marocaine,
implique que les psychologues marocains se conçoivent aussi comme acteurs associatifs. Et donc,
comme acteurs d’intervention et de changement dans la « cité ». C’est
dans ce sens que l’engagement des psychologues dans les différents chantiers de
développement humain fera d’eux les acteurs du changement, de solidarité et de progrès
social.
Ancrer et promouvoir au
sein de l’espace social et institutionnel les fondements, les compétences et la
culture psychologique du dialogue, de l’écoute, de la prise de parole, de la
médiation, de la communication, de la résolution de conflits, de projets etc.…
est une manière active de contribuer à
changer les représentations, les attitudes et les comportements stéréotypés et
figés, relatifs aux phénomènes de l’exclusion et de la souffrance des
catégories sociales et des personnes les plus vulnérables. Ce qui constitue un
objectif majeur et un enjeu essentiel de
cette psychologie citoyenne de proximité,
qui répond par ses savoirs et
savoir-faire et donc par ses actions et ses prestations, aux besoins et aux
attentes des différentes populations cibles et des personnes concernées. D’où
mon plaidoyer pour une psychologie de proximité et donc citoyenne, mieux
impliquée dans les différents projets et chantiers de développement humain.
Cette implication active des psychologues en tant qu’acteurs associatifs,
constitue à mon avis une bonne stratégie pour la crédibilité de la psychologie au Maroc.
Personnellement, je
trouve que les psychologues au Maroc sont très peu engagés dans les différents
chantiers de développement humain en tant qu’acteurs associatifs, pour dire à la société ce que nous sommes, ce que nous faisons et comment
on le fait, et comment on peut
contribuer activement et d’une manière citoyenne, a lutter contre les
différents formes de souffrance, de pauvreté, de l’exclusion et de la précarité
au sein de la société marocaine.
D’où les enjeux de
promouvoir et de consolider une culture psychologique citoyenne aux fondements
à la fois scientifique et éthique qui va de pair avec une formation polyvalente
et rigoureuse.
Pr.Abderrahim
EMRAN
22
Janvier 2009
هل أعجبك الموضوع ؟



Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire