PLAIDOYER POUR LA RECHECHE UNIVERSITAIRE EN SCIENCES HUMAINES AU MAROC





PLAIDOYER POUR LA RECHECHE
UNIVERSITAIRE EN
SCIENCES HUMAINES AU MAROC

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1. LES ENJEUX SOCIAUX DE LA RECHERCHE UNIVERSITAIRE



Vu l’importance que le nouveau gouvernement accorde, dans son programme , au "SOCIAL" et à "L’HOMME" marocaine en tant que "citoyen", "acteur" : du changement, des progrès et de la démocratie ; la question  que nous nous posons, est : devant ces honorables objectifs et attentes, quelle est la meilleure stratégie à adopter pour y parvenir ?

        Au fond, la question est très complexe par la multiplicité des facteurs et des variables en jeu : politiques, culturels et psychologiques. Mais avec la "volonté du changement" qui anime les nouveaux décideurs, et face au dynamisme interne des phénomènes  préoccupants à l’échelle nationale : analphabétisme, chômage, migration, pauvreté, marginalisation,  condition féminine etc. ; une politique de planification et de gestion plus rationnelle, plus efficace et plus cohérente s’impose à court, à moyen et à long terme. C’est dans cette perspective que la recherche universitaire en science humaines est d’un grand recours pour mieux identifier, analyser, comprendre et intervenir, avec plus de rigueur, d’efficacité, de fiabilité et de transparence. Car, qui dit RECHERCHE, dit aussi et implique : démarches heuristiques, méthodes rigoureuses et administration des preuves.

Etant donné ces "vertus" intrinsèques de la recherche en science humaines et ses apports dans l’évolution et le changement des "mentalités ", et dans le progrès de savoirs et savoir-faire - qui sont par ailleurs fort utiles au progrès social et à la lucidité des décisions - ; une politique volontariste de l’Etat sous forme :  d’encouragement et de soutien à la recherche universitaire en sciences humaines, aura certainement des effets fort positifs pour une politique générale du "changement"  et du " progrès social"

Nous savons aujourd’hui - grâce aux sciences cognitives - que le désir et la tendance à "connaitre " est un élément fondamental de l’activité humaine. Ce qui fait de la " connaissance " un élément constructif de l’être humain et de sa dignité en tant qu’être social. D’où les enjeux  socioculturels  de la recherche scientifique au Maroc, qui constitue aujourd’hui – et à l’échelle international- un pilier et une source fondamentale de la connaissance et de la culture scientifique, qui font des  chercheurs, les cadres référentiels de "la pensée" rationnelle et innovatrice dans la société, nécessaire à toute politique de "planification" ,de " changement des mentalités" et de " développement durable ".

A notre avis, la question essentielle qui se pose - et se posera - à tout gouvernement de gauche au Maroc, est : comment faire du "social" un pilier essentiel du développement durable, du progrès et de la démocratie ? Nous savons tous que, devant les contraintes financières (la loi de finances 1998/1999 comme indice) et la logique des "Banquiers" d’une part, et devant l’emprise des enjeux économiques, de la mondialisation et la logique du "Marché" d’autre part, la volonté politique du nouveau gouvernement y est pour beaucoup pour –à la fois –entreprendre, stimuler et soutenir les investissements, les efforts et les initiatives des différentes institutions, partenaires et acteurs sociaux,  participant à ce vaste "chantier national" "du progrès"et de "la démocratie sociale". C’est dans cette perspective que le gouvernement actuel a un rôle essentiel à jouer pour promouvoir la recherche scientifique universitaire dans les domaines du "Social" ; vu les étroites relations qui existent entre le développement durable d’une société et le niveau de développement de la recherche en sciences de l’homme. Pour nous, cette relation étroite- qui existe entre la recherche et le développement- implique comme démarche appropriée, une politique volontariste dans ce domaine, qui cherchera à créer les conditions les plus favorables à l’esprit de la recherche scientifique. Ce qui suppose par conséquent des investissements et des crédits appropriés, pour permettre à la recherche universitaire d’être un élément du progrès, de diffusion de la culture scientifique et la démocratie dans la société marocaine.

Mais toute instance et tout établissement de la recherche -pour assurer ces nobles fonctions - supposent des chercheurs qualifiés et un équipement approprié censé être renouvelé assez souvent. Autrement dit, la recherche scientifique universitaire à un "coût" qu’il faut savoir assurer,  pour entretenir et promouvoir le développement, l’élan et l'esprit innovateur de cette recherche relative aux domaines du "Social" et de "l'homme" en général.

2-  ETAT ACTUEL ET PERSPECTIVE D’AVENIR DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE DANS LES FACULTES DES LETTRES ET DES SCIENCES HUMAINES.

L'état actuel de la recherche universitaire dans les Facultés des lettres et des Sciences Humaines, n’est pas forcément l'exemple illustratif, pour beaucoup de responsables et de décideurs marocains, vu la place subalterne qu’occupent ces facultés dans l'échelle de la stratification "des classes" et dans celle de "l'excellence" établie depuis la fin des années 70 dans ce domaine par notre technocrates, et vu aussi la nature et la consistance des "stéréotypes " et les attitudes de prudence, voir de méfiance et parfois même de mépris à l'égard de la pertinence et de la rigueur de la recherche des "littéraires" des "philosophes" et des "psychologues" des sciences de l'homme! Mais, pour nous, l'état actuel de la recherche universitaire dans ces facultés, est l’exemple le plus représentatif de ce manque d'investissement et de ce "retard" que nous avons accumulé dans le domaine de la recherche scientifique, relative au "Social" et aux connaissances scientifiques concernant "l'homme marocain", dans sa diversité, sa richesse, sa créativité, et ses difficultés. Pourquoi ? parce que la recherche dans ces facultés reste -par définition- essentiellement focalisée sur "l’homme", et que le manque d'investissement et de financement accordé aux équipes de recherches de ces facultés, illustre bien -d'une manière symptomatique- le degré d'importance qu’on a accordé jusqu'à présent à "l’homme" et à son développement dans la société marocaine, et à la connaissance objective et accessible aux citoyens à ce niveau, que ce soit dans les domaines : de l'enfance, de la famille, de la femme, de l'éducation, de l'espace, de la communication, de la créativité, de la pensée, de l'insertion et de l'exclusion sociale, de l'emploi et du chômage, des conflits sociaux et de la culture de la négociation, du changements des mentalité et de résistance aux changements etc.

     Au fond, il ne suffit pas d'accorder une "petite pièce", à certaines enseignants-chercheurs intrinsèquement motivés, avec quelques chaises, une table ou deux, un ordinateur usé et le droit à quelques photocopies par an,  pour soutenir et encourager la recherche universitaire dans les facultés de lettres et des sciences humaines. Bien sûr, ce qui compte le plus dans la recherche universitaire, c'est d'abord les "idées innovatrices" sur des thèmes essentiels et promoteurs ; ce qui n'est pas donné d’emblée à tout le monde, ni a tous ceux à qui l’Etat a attribué institutionnellement le titre d'"enseignant chercheur". Cela dit, les investissements appropriés et le support logistique jouent un rôle indéniable  dans la motivation, les sentiments de considération et l'esprit d'innovation chez les chercheurs.
On a beau dire, l'Université marocaine doit s'ouvrir sur son milieu socio-économique ; et la Recherche est un atout majeur dans le développement durable et le progrès social au Maroc. Mais y a t-il une volonté effective de joindre la parole à l'action ?.
Notre expérience personnelle quant au décalage que nous avons vécu depuis 1977 entre notre formation en tant qu'étudiant-chercheur, dans l'un des plus grands laboratoires des sciences humaines de l'Université française, et notre itinéraire d'Enseignant-chercheur dans l'une des grandes universités marocaines, nous laisse à la fois "perplexe" et "confiant; perplexe pour le peu d'intérêt que les précédents gouvernements accordaient à la recherche universitaire dans les domaines relatifs à "l'homme" et à la "société", et confiant, vu la place prioritaire que le nouveau gouvernement accorde dans son programme et ses déclarations à la dimension humaine, au changement des mentalités, au progrès social à la recherche scientifique dans ces domaines, pour mieux élaborer et planifier les perspectives d'avenir dans notre pays, sur des bases plus solides, plus faibles, plus innovatrices et plus transparentes.



ABDERRAHIM EMRAN
PSCHOSOCIOLOGUE, ENSEIGNANT-CHERCHEUR
05/08/1998


Faculté des Lettres et des Sciences Humaines.Dhar-el mehrez.Fés
Maroc psychologie
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